université
6 juillet au 3 octobre 2026
Fisheye Gallery — Arles
Hui Choi - Mouth to Mouth (2025) © Hui Choi

vernissage : vendredi 10 juillet à 18:00

Ce qui touche le cœur

Face au chaos contemporain, trois figures de la nouvelle garde photographique chinoise opèrent un repli stratégique vers l’intime. Loin de s’apparenter à un renoncement, ce basculement vers la sphère privée et le langage du corps devient ici le lieu d’une émancipation politique et poétique.

Le projet s’ancre dans la polysémie du signe 感 (Gǎn). Bien qu’il se traduise par « sentir », cette interprétation reste incomplète. Ce terme décrit la façon dont une expérience affecte le corps, l’esprit ou les émotions ; il se concentre sur ce qui vous touche profondément. Son sens se nuance selon les associations : 感 到 (gǎndào) signifie avoir la sensation de, 感情 (gǎnqíng) désigne l’affection, 感觉 (gǎnjué) veut dire ressentir, ou encore 感动 (gǎndòng), être ému. Au sein même de ce logogramme, on retrouve 心 (le cœur), illustrant l’idée d’une sensation qui vient physiquement nous atteindre. Là où le langage échoue à traduire nos vécus, la photographie comble le vide, offrant un espace pour imaginer un avenir commun.

L’œuvre de Hui Choi s’incarne dans le ressenti brut, le gǎnjué. En dialogue avec l’esprit dionysiaque, sa série The Swan’s Journey capture la simultanéité des contraires : destruction, renaissance, extase et solitude. Ses images argentiques formulent une « violente douceur » où l’intimité suspend les rôles sociaux pour que les êtres, devenus sans filtres, « se reconnectent à l’instinct, à la sensation et à l’émotion collective ».

Li Hui explore la nuance de l’émerveillement et de l’émotion sensible, le gǎndòng. Par pudeur, elle efface les visages et crée des images oniriques où « un fragment de peau peut faire écho à un paysage, un fruit peut suggérer un organe ». Ses « intimités silencieuses » invitent à ralentir et à s’intéresser aux interstices pour laisser place à ce qui nous touche de manière presque invisible.

Nyo Jinyong Lian déplace le curseur vers l’affection agissante et relationnelle, le gǎnqíng. Dans sa série I Hope Someday You’ll Join Us, elle examine les tensions psychologiques et les dynamiques de pouvoir cachées dans la sphère domestique. Elle subvertit la violence du monde par une tendresse critique, convaincue que l’affection et la confiance au sein de nos micro-relations sont les fondations nécessaires pour reconstruire nos structures politiques.

Trois variations d’un même signe où la vulnérabilité individuelle se fait le miroir, et le remède, aux tumultes de notre époque.

Hui Choi – Taste of Becoming (2024) © Hui CHoi
Hui Choi – Suspension (2024) © Hui CHoi
Hui Choi – The Ear Remembers (2024) © Hui CHoi

Hui Choi

Hui Choi est un artiste multimédia originaire du Hubei et installé à Guangzhou. Explorant la musique, la vidéo, la mode et la coiffure, il se distingue également par son talent pour la photographie. À travers ces différents médiums, il façonne des environnements audiovisuels et temporels où la perception se déploie entre durée, continuité et instabilité.

C’est en allumant une petite lampe pour rompre l’obscurité de la chambre noire, un geste d’abord destiné à apaiser sa claustrophobie, qu’il découvre des nuances de couleurs uniques. Dès lors, il choisit d’intégrer pleinement cette contrainte technique et personnelle à sa démarche artistique.

« Pour moi, la photographie argentique est en fait plus contrôlable et plus ouverte à l’intervention personnelle. Je m’intéresse au langage visuel créé par la pellicule elle-même, à son rendu des couleurs, à sa texture, à sa réaction à l’exposition et à sa présence matérielle. Ce qui compte pour moi n’est pas seulement l’image finale, mais aussi le processus de réflexion avant et pendant la prise de vue. L’argentique ralentit la perception et rend chaque décision plus intentionnelle. »

Ses travaux, en particulier sa série The Swan’s Journey, sont profondément imprégnés de la philosophie dionysiaque. Il y explore la façon dont l’humanité peut transcender les contraintes du quotidien à travers la célébration collective, guidée par « la passion, l’art et l’instinct pour conquérir la liberté ».

Les œuvres d’Hui Choi reposent sur un constat central : la vie est une tension cyclique et perpétuelle entre des contraires qui coexistent: destruction et renaissance, extase et solitude, individu et collectif. L’intimité s’y transforme en un sanctuaire libéré des conventions sociales, régi par une « violente douceur ». L’artiste y capture des situations sensorielles en apparence contradictoires, mais unies par une même instabilité intrinsèque.

Hui Choi expose pour la seconde fois en France avec Fisheye. L’artiste a publié 5 livres de photographie jusqu’à présent. Son travail a été montré dans de nombreux magazines incluant Vogue, Aint-bad, Picter, WÜL Magazine et Intimate Structures; il a été sélectionné pour la série Portrait of Humanity dans le British Journal of Photography pendant deux années consécutives (2019 et 2020). En 2025, ses images ont été présentées dans l’exposition collaborative de Fisheye et Guerlain intitulée En Plein Cœur, Un Siècle d’Amour Sans Filtre.

Li Hui – Crack I (2025) © Li Hui
Li Hui – The Peach (2019) © Li Hui
Li Hui – Her as a landscape (2022) © Li Hui

Li Hui

Li Hui est une photographe autodidacte chinoise née à Hangzhou. Sa démarche est ancrée dans une expérimentation constante, véritable moteur de son inspiration. C’est d’ailleurs cette exploration libre qui lui a permis de façonner son style et de définir ses thèmes de prédilection lorsqu’elle a débuté la photographie, après avoir reçu son premier appareil argentique. Pour elle, expérimenter élimine la notion d’échec; chaque tentative est un apprentissage continu.

Nourrie par une passion profonde pour le cinéma et la musique, elle cultive une grande sensibilité à l’imaginaire. Si ses photographies naissent de l’observation du réel, elles basculent souvent, une fois révélées, vers des représentations fragmentées de souvenirs ou de rêves. C’est à travers une maîtrise subtile de la lumière qu’elle parvient à capturer des instants intimes et spontanés, en soulignant toute la délicatesse et la chaleur.

Se décrivant comme relativement timide, elle porte une attention particulière aux détails discrets, souvent négligés. Dans son travail, le visage des modèles s’efface généralement pour laisser place à l’évocation d’une atmosphère chaleureuse plutôt qu’à l’incarnation de personnages.

« Quand je parle d’intimités silencieuses, je ne fais pas seulement référence aux relations entre les individus. Je m’intéresse aux formes subtiles de proximité qui passent souvent inaperçues. Dans mon travail, ces éléments commencent souvent à se ressembler. Un fragment de peau peut faire écho à un paysage, un fruit peut suggérer un organe, une forme simple peut sembler presque vivante. Ils peuvent porter une forte charge émotionnelle tout en restant presque invisibles. »

Ses images créent un espace dédié à la contemplation et à la curiosité, sans aucune pression de devoir comprendre tout ce qui nous entoure; elle invite plutôt les spectateurs à ralentir et à passer du temps avec ces éléments.

Li Hui est l’autrice de quatre livres de photographies, dont le récent THE CRACK (Witty Books, 2026) et AFTER THE WIND (Atem Books, 2010). Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives à travers le monde; de Paris à Tokyo, en passant par New York, Milan et le Royaume-Uni. Récemment, ses images ont été présentées à l’UNESCO à Paris, dans le cadre du programme Women for Bees.

Nyo Jinyong Lian – The first sister (2025) © Nyo Jinyong Lian
Nyo Jinyong Lian – Is all for you (2025) © Nyo Jinyong Lian
Nyo Jinyong Lian – I, and love, and you (2025) © Nyo Jinyong Lian

Nyo Jinyong Lian

Nyo Jinyong Lian est une jeune photographe originaire de Shenzhen, installée à Paris depuis dix ans. Elle a été diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2024. Ses images déploient un univers fictionnel où elle met en scène des situations explorant les tensions psychologiques de la sphère personnelle. Elle travaille avec le corps, l’espace, ainsi qu’avec des éléments imprévisibles comme le feu ou l’eau, introduisant une part d’aléa au sein d’équilibres fragiles. À travers sa nouvelle series I Hope Someday You’ll Join Us (titre emprunté à John Lennon), elle invite le spectateur à ré-imaginer le futur à travers le prisme d’intimités hors-normes.

Pour Jinyong, les espaces intimes et les relations de confiance abritent des jeux de pouvoir secrets qui reflètent les structures sociales globales. En distillant un sentiment d’étrangeté, elle affronte la contradiction centrale d’un monde cruel qu’elle choisit d’embrasser avec tendresse.

« Aujourd’hui, notre expérience psychologique a atteint un endroit que l’humanité n’a jamais habité auparavant. C’est un paysage rempli de brume. Pourtant, la brume n’est pas un obstacle sur le chemin — elle fait partie du chemin lui-même. La photographie est à la fois cette brume et le vent qui la traverse. Elle reflète nos incertitudes tout en nous aidant à naviguer à travers elles. »

Son travail s’ancre dans son expérience personnelle de femme queer expatriée. Cette dimension se révèle dans sa façon de mettre en lumière des vécus marginaux et de photographier des modèles partageant cette même trajectoire. Comme elle l’explique :

« En chinois, il y a une expression : « tirer un seul cheveu et tout le corps bouge ». Je crois qu’imaginer des systèmes vastes et abstraits doit commencer par les plus petites échelles : les sensations, les émotions et l’expérience psychologique. Peut-être est-ce aussi l’une des leçons héritées des manières matriarcales de comprendre le monde. »

Soutenue par la Fisheye Gallery depuis bientôt deux ans, Nyo Jinyong Lian connaît une ascension institutionnelle rapide. Son travail a déjà fait l’objet d’expositions à l’international — notamment à la Sigg Art Foundation de Riyad — et elle intégrera, en 2027, la résidence de la NARS Foundation à New York. En 2025, son ouvrage auto-publié Trust Me s’est distingué en devenant finaliste du Prix de la Fondation Henri Cartier-Bresson et du PhMuseum Photobook Award.

vendredi 10 juillet 2026 à 18:30
Invitation presse/professionnels : vernissage des expositions 感 (Gǎn) Hui Choi, Li Hui, Nyo Jinyong Lian et AFP Collection
+ En présence des artistes : Hui Choi et Nyo Jinyong Lian
+ Lieu : Fisheye Gallery
+ Adresse : 19, rue Jouvène à Arles
+ RSVP : ICI

06 juillet au 03 octobre 2026
Expositions 感 (Gǎn) Hui Choi, Li Hui, Nyo Jinyong Lian et AFP Collection
+ Lieu : Fisheye Gallery
+ Adresse : 19, rue Jouvène à Arles
+ Demandes presse/professionnels : ICI

ressources

partenaire

FISHEYE

Raconter, Inspirer, Révéler 

Média d’avant-garde devenu une référence en photographie contemporaine, Fisheye s’articule autour d’un écosystème complet : le magazine papier et numérique avec la culture de l’image comme boussole, deux galeries (Paris et Arles), une maison d’édition, une agence de conseil et de production et un département immersif. À travers Fisheye Immersive, à la fois média et producteur, Fisheye explore les arts numériques, immersifs et l’intelligence artificielle et crée des œuvres et des formats innovants qui reflètent les regards contemporains.

Fisheye est :

– un magazine bimestriel de 140 pages, disponible en kiosque et dans les librairies, Fisheye explore le monde à travers toutes les écritures photographiques en privilégiant les regards d’auteur·ices émergent·es, sans oublier les photographes confirmé·es ;

– un site internet et des réseaux sociaux avec des rubriques pour découvrir les tendances et les actus, les portfolios et les entretiens, les livres et les vidéos, ainsi que nos coups de cœur. Le site de Fisheye est relayé par une présence quotidienne sur les réseaux sociaux : Instagram, Facebook, X… ;

– un média dédié aux arts numériques Fisheye Immersive est le média de référence dédié aux arts numériques et immersifs. Il se décline en une newsletter éditoriale bimensuelle, un magazine en ligne, et une revue imprimée annuelle dont le #1 est disponible sur le Fisheye Store ;

– une maison d’édition : Fisheye Éditions ayant pour ambition de donner à voir des écritures photographiques variées en proposant des visions d’auteur·trices sur notre monde ;

– une galerie à Paris et à Arles, ouverte depuis 2016 pour accorder une attention particulière à la nouvelle génération d’auteur·ices qui fait ses premiers pas sur le marché de l’art avec éditions limitées, tirages sélectionnés et prix étudiés s’affichent sur les murs de la Fisheye Gallery aux Rencontres d’Arles durant l’été ;

– et Fisheye Store regroupant l’ensemble l’univers de Fisheye : à retrouver tous les anciens numéros, le Fisheye Photo Review, les livres, les tirages d’artistes et les goodies.

En savoir plus