dévoilement : depuis la fin de l’année 2025
Un répertoire d’œuvres pour donner à voir les luttes, résistances et contre-récits en Afghanistan
Ce que le ciel ne sait pas
« Ce que le ciel ne sait pas s’appuie sur des recherches et une pratique de terrain que j’ai engagée depuis 15 ans, dans les pas de mes parents, de mes grands-parents et de mes ancêtres qui, depuis des siècles, sont installés dans un territoire rural appelé le district de Jeghatu — ils font partie d’une société paysanne qui vit du travail de la terre dans des zones très arides, où l’eau est un enjeu crucial. »
Feda Wardak
Ce que le ciel ne sait pas est une œuvre plastique monumentale de Feda Wardak – architecte et artiste afghano-français, mettant en récit les dynamiques impérialistes qui ont opéré en Afghanistan et les résistances paysannes qui y ont répondu à travers la recherche de l’eau.
L’œuvre sur scène, se matérialise par un immense escalier en colimaçon, sur trois niveaux qui tourne sur son axe vertical. L’installation renvoie formellement à la vis sans fin, utilisée au IIIème siècle av. J-C. sur les berges du Nil à la fois pour trouver de l’eau, mais également pour la faire remonter afin de permettre l’irrigation des terres. Le principe est assez basique ; lorsque la vis se met à tourner dans une matière quelconque (terre, roche, bois, eau…), elle se met à creuser cette dernière qu’elle fait remonter à la surface.
Activée par une performance chorégraphique collective associée de Saïdo Lehlouh, Ce que le ciel ne sait pas se défend comme une enquête forensique. Cette enquête s’intéresse à la manière dont un même évènement, ici une frappe de drone en Afghanistan, peut être le témoin de différentes formes d’extractivisme ; celui des sols avec l’extraction des matières premières, celui des corps par l’exil et l’épuisement lié au travail, et enfin celui des identités culturelles effacées par des logiques de déplacement ou d’assimilation.
Un évènement qui se raconte selon trois perspectives différentes, situées dans trois contextes spatiaux différents ; le ciel, les sols et les sous-sols.
Ici, la notion d’évènement ne se limite pas à l’explosion mais aussi à ses causes, et surtout à ses conséquences, particulièrement sur les systèmes de gestion d’eau millénaires. Cet évènement ne se raconte pas uniquement à travers le prisme habituel de l’oppresseur, mais également depuis le point de vue de l’oppressé.
Ainsi, la création donne à voir les formes de résistances qu’une partie de la société tribale afghane met en place pour répondre à ces attaques. Ces résistances se font par l’eau, avec les derniers chercheurs d’eau afghans. Eux tentent de capter la ressource alors que les ouvrages millénaires qui la distribuaient se sont effondrés à cause des bombardements de l’armée américaine.
Présentée à Lyon, aux SUBS, du 04 au 06 juin, dans le cadre des Nuits de Fourvière – Festival international de la Métropole de Lyon et en coréalisation avec les Ateliers Frappaz – CNAREP, puis du 16 au 18 juin, à Marseille — à la Vieille Charité, dans le cadre du Festival de Marseille et en coréalisation avec Lieux Publics – CNAREP et du 17 au 19 décembre, à Paris — à la Grande Halle de la Villette (Paris) dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et en coréalisation avec le Centre Pompidou.
Ce que le ciel ne sait pas est une œuvre inédite — paysagère, monumentale et vivante. Une création hors norme, inscrite dans un vaste répertoire artistique : Chercheurs d’eau évoquant les violences de l’impérialisme en Afghanistan et s’intéressant aux résistances qui y répondent dans les zones tribales afghanes. Dès l’automne, trois œuvres inédites seront également présentées à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris.
Pour explorer les fondamentaux et les composantes de Ce que le ciel ne sait pas ainsi que le répertoire d’œuvres Chercheurs d’eau : jigsaw partage – ci-dessous – les photos, en exclusivité, des premières représentations aux SUBS, dans le cadre des Nuits de Fourvière – Festival international de la Métropole de Lyon et l’entretien mené entre Feda Wardak et Horya Makhlouf – critique d’art et commissaire d’exposition, à retrouver en note de recherche, dans encyclopédie.


Ce que le ciel ne sait pas
Les karez : un système d’irrigation souterrain depuis 1 500 ans, un réseau de résistances
Dans les zones tribales afghanes, depuis 1 500 ans, les milieux arides sont alimentés en eau grâce aux karez. Il s’agit de galeries souterraines creusées sur plusieurs kilomètres qui permettent de capter l’eau sous les nappes phréatiques perchées sous la montagne. Par l’intermédiaire d’une pente douce, l’eau s’écoule en continue, toute l’année. Cependant, les dynamiques impérialistes des cinquante dernières années et les bombardements qui y sont liés ont fait vibrer les sols. Beaucoup de karez se sont effondrés, et les sourciers ainsi que les karezkan (creuseurs de karez) qui agissaient pour leur restauration ont été pris pour cible par les drones tueurs. La destruction de ces infrastructures hydrauliques, et la disparition des artisans ont conduit à des sécheresses, à des exodes et à la disparition de savoir-faire millénaires.
Depuis 2012, dans le district de Jeghatu, un réseau d’artisans afghans travaille à la restauration de ces voies d’eau disparues. Dans un premier temps, les sourciers cherchent les veines d’eau souterraines, avant qu’une foreuse de puits ne vienne percer le sol sur plusieurs dizaines de mètres. La foreuse est équipée d’une grosse mèche qui fonctionne comme une vis sans fin. Avec la pression de l’eau, celle-ci jaillit à l’image d’un geyser. Dans un premier temps, c’est donc à la surface que se dessine le tracé souterrain du karez. En parallèle, ce même outil, dans une version gigantesque, a été utilisé par les multinationales afin de sonder les montagnes afghanes et leurs sous-sols pour l’exploitation des ressources naturelles (minerais, gaz, pétrole, terres agricoles…). Il y a d’une part les ingérences politiques et militaires, et d’autre part la manière dont leurs conséquences agissent et alimentent les marchés internationaux. Le même outil, la vis sans fin, raconte deux récits qui se confrontent. D’une part, la manière dont les conflits en Afghanistan ont participé à puiser les sols, à épuiser les corps et à transformer et faire disparaître des identités culturelles afghanes. D’autre part, la manière dont la résistance afghane agit pour faire revenir l’eau et préserver des savoir-faire millénaires. Au récit dominant, construit depuis le ciel, les artisans afghans répondent par un récit souterrain, venu des sous-sols.


Ce que le ciel ne sait pas
Une dramaturgie en trois tableaux
Ce que le ciel ne sait pas se construit autour de trois tableaux dramaturgiques intrinsèquement liés. Chacun de ces tableaux met en relation différents contextes spatiaux, que ce soit les ciels, les sols ou les sous-sols. Pour rappel, les ciels constituent l’espace de contrôle aérien depuis lesquels les appareils médiatique et militaire impérialistes ont observé, raconté et attaqué l’Afghanistan. Les sous-sols constituent les espaces qui ont été pillés et depuis lesquels les résistances se sont organisées. Ces résistances ont été armées mais sont aussi culturelles, par la restauration d’infrastructures hydrauliques et à travers elles la préservation de l’eau. Enfin, les sols constituent l’interface entre les ciels et les sous-sols. Que ce soit sur les paysages ou sur les peaux, les cicatrices racontent les stigmates de la guerre.
Les trois tableaux se construisent à travers des situations vécues par l’auteur ou ces communautés afghanes. Ces situations tissent le fil du récit dramaturgique et la construction chorégraphique les déplace dans une forme d’abstraction. En d’autres termes, ce n’est pas uniquement la mise en scène d’une image qui va nous intéresser, mais aussi et surtout la charge de cette image et l’énergie que les interprètes convoque pour faire exister son essence plutôt que son esthétique.
Différentes études menées par des psychologues de guerre témoignent du fait que plus la distance entre deux géographies est grande, plus notre capacité à agir avec violence augmente. Les drones militaires américains qui survolaient l’Afghanistan étaient pilotés depuis le désert du Nevada. Dans cette guerre à distance, les Afghans étaient réduits à des tâches thermiques qui évoluaient dans des Kill boxes. Il n’y avait alors aucune certitude quant à la réalité de terrain car la lecture du territoire ne se faisait pas à hauteur de celles et ceux qui l’habitent. Ce que le ciel ne sait pas tente ainsi de replacer la perspective à hauteur de celles et ceux qui habitent le territoire, en construisant des récits situés.
Il est important de noter que Ce que le ciel ne sait pas s’inscrit dans un répertoire d’oeuvres plus large intitulé Chercheurs d’eau. Ce répertoire veut rendre visible les contre-récits afghans, en rupture avec les récits dominants impérialistes qui ont légitimé les invasions et occupations étrangères. Pour cela, Chercheurs d’eau met en relation et en tension trois contextes spatiaux : le ciel, les sols et les sous-sols. Depuis le ciel s’exerce le contrôle des forces militaires occidentales, les stigmates au sol racontent les violences de l’appareil impérialiste, tandis que depuis les sous-sols la résistance afghane se fait par la réparation de voies d’eau millénaires. Ce répertoire se construira au fil des années et sera protéiforme avec des oeuvres visuelles, performatives, cinématographiques, sonores…
FEDA WARDAK
Feda Wardak est un architecte et un artiste afghano-français basé à Paris. Il s’intéresse aux modèles d’organisation de certaines communautés qui se construisent indépendamment de l’aide des pouvoirs publics.
En Afghanistan, il mène des recherches depuis plusieurs années sur son territoire d’origine, le district de Jeghatu. Il travaille avec des artisans locaux dont les savoir-faire sont mis en péril à cause des dynamiques impérialistes et capitalistes. Ensemble, ils pensent à construire des espaces d’auto-détermination politique et culturelle à travers la préservation et la transmission de ces savoir-faire.
En France, il s’intéresse aux incohérences liées à l’aménagement de certains territoires engagés dans des rénovations urbaines. Il tente de mettre en récit les violences invisibles qui agissent sur ces environnements et sur les corps qui les traversent. Ses projets ambitionnent de révéler les inégalités de classes sociales et d’ethno- racialité qui s’exercent sur des territoires qui se transforment.
Le travail de Feda Wardak a été présenté, entre autres, à la Biennale d’architecture de Venise en 2018, au MAC VAL à Vitry-sur-Seine en 2019, aux Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois/Montfermeil en 2019 et 2021, lors du Dhaka Art Summit en 2020, à la Condition Publique à Roubaix en 2022, à la Biennale d’Architecture de Chicago en 2023, à la Biennale d’art de Lagos en 2024, au Centre d’arr Les Églises à Chelles en 2024, à la Contemporaine – Triennale de Nîmes en 2024, à la Biennale d’ar contemporain de Lyon en 2024 et au CAIRN – Centre d’art de Digne-les-Bains en 2025. Des œuvres de Feda Wardak seront présentées en 2026 à la Fondation Cartier à Paris, lors du festival Public Art Munich et à l’Académie des Arts de Berlin. Il a été lauréat de la Villa Albertine en 2023.
SAÏDO LEHLOUH
« La nécessité de rappeler à l’autre le besoin de sa présence » : voilà la matière dont est tissé le parcours du chorégraphe Saïdo Lehlouh.
Tourné vers la notion de groupe dès ses prémices, il marque de son empreinte l’histoire du breakin’ dans les années 2000 avec le Bad Trip Crew. Cette « touche » propre aux breakers français, proche du mouvement félin, Saïdo Lehlouh l’explore et l’exporte hors des terrains de compétition, d’abord avec Wild Cat en 2014 puis avec Apaches en 2018.
Plaçant la notion d’altérité au centre de son travail, il crée la compagnie Black Sheep aux côtés de Johanna Faye et co-signe les spectacles Iskio (2015), Fact (2017) et Earthbound (2021) dans lesquels la création musicale en live y côtoie une distribution plurielle.
En 2024, Saïdo Lehlouh propose Témoin, partant d’un protocole de rencontre dansée et de recherche formelle qui retrace les croisements d’interprètes autodidactes aux identités fortes. Saïdo Lehlouh est membre du collectif FAIR·E, co-directeur du CCN de Rennes et de Bretagne, artiste associé au Théâtre de la Ville-Paris.

Dès l’automne, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain : dans le cadre de l’exposition Le temps des récoltes d’Ibrahim Mahama
« Dans le cadre de l’exposition Le temps des récoltes d’Ibrahim Mahama présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui présente le travail de l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama, je propose de donner à voir la démarche que j’ai entreprise à Mama, mon village d’origine situé dans le district de Jeghatu en Afghanistan. Depuis plusieurs années, je travaille à la restauration et la revitalisation des karez : un système d’irrigation souterrain millénaire. Beaucoup de ces voies d’eau se sont effondrées car elles ont été ciblées et massivement bombardées par les forces d’occupation étrangères au cours des cinquante dernières années. Pendant la guerre, ces karez ont permis bien plus que leur simple fonction d’infrastructure hydraulique. Tout d’abord, ces galeries ont été reliées entre elles et ont constitué un nouveau réseau invisible souterrain depuis lequel la résistance s’est organisée. Ces espaces souterrains sont devenus un refuge civil et militaire, et ont permis de maintenir un système d’éducation, de soin, et de stockage des récoltes et des céréales.
Le maintien de ces karez a empêché un exil total. Cependant, la répétition des bombardements par l’US Air Force, a détruit beaucoup de ces karez, fragilisant ainsi cette société paysanne qui dépend de cette eau pour son agriculture. Ce travail de réparation est d’une part nécessaire pour la survie des populations et d’autre part indispensable afin de préserver l’identité culturelle locale menacée par l’exil ainsi que les enjeux de mondialisation qui poussent à capter l’eau autrement.
Pour mettre en évidence ces recherches, un parcours est proposé à travers trois espaces de la Fondation Cartier qui donnent à voir trois œuvres qui font écho à ce travail de réparation des karez :
01.
De terre nous sommes, à la terre nous retournons, et de la terre nous reviendrons (titre provisoire – installation vidéo)
02.
Supporter la terre, avant qu’elle ne s’effondre (titre provisoire – installation plastique)
03.
Le centre d’archives (œuvres et archives).
Ces œuvres font partie d’un répertoire intitulé : Chercheurs d’eau, qui s’intéresse aux effets de l’impérialisme occidental en Afghanistan, et aux résistances qui y répondent dans les zones tribales afghanes. Ces œuvres se veulent être des contre-récits, en rupture avec les récits dominants impérialistes qui ont légitimé les invasions et occupations étrangères en Afghanistan. Pour cela, Chercheurs d’eau met en relation et en tension trois contextes spatiaux : le ciel, les sols et les sous-sols. Depuis le ciel, s’exerce le contrôle des forces militaires occidentales, les stigmates au sol racontent les violences de l’appareil impérialiste, tandis que depuis les sous-sols la résistance afghane se fait par la réparation de ces voies d’eau millénaires. Ce répertoire se construit au fil des années, et les œuvres qui le composent existent sous différentes formes ; œuvres visuelles, chorégraphiques, cinématographiques, sonores… »
Feda Wardak


à partir du 04 juin 2026
+ Direction artistique et dramaturgique : Feda Wardak
+ Chorégraphie et collaboration à la dramaturgie : Saïdo Lehlouh
Avec : Mehdi Baki, Kaê Brown Carvalho, Marina De Remedios, Jerson Diasonama et Sonia Ichti
+ Lumière : Tom Visser
+ Collaboration sonore : Matthieu Gasnier
+ Costumes : Théo Ech-Cheikh assisté d’Agathe Leroy et Louis-Matteo Martinez
+ Couturière voiles : Ameline Baudoin
+ Régie générale : Pernette Bénard, Alexis Rostain et Pierre Staigre
+ Régie lumière : Loïs Simac
+ Régie son : Chloé Baumeige
+ Direction de production : Antoine Blesson
+ Administration : Jason Abajo
+ Chargée de production : Sophie Roux-Mayoud
+ Construction escalier : Les Ateliers Sud Side
+ Ingénierie escalier : Assemblage Ingénierie
+ Construction praticable : La Fabrique à Projets
+ Ingénierie praticable : C3 Sud-Est
+ Communication/presse : Julien Diers – jigsaw
+ Avec la collaboration technique de : Manon Cambon, David Hanse, Salem Messaoudi, Alexandre Richard, Frédéric Sintomer, Camille Staigre
+ Production : Le Grand Gardon Blanc
+ Coproduction : Les Nuits de Fourvière – Festival international de la Métropole de Lyon ; Centre Pompidou – Département culture et création, Paris ; Festival d’Automne à Paris ; La Villette, Paris ; Lieux Publics – CNAREP & Pôle international de production et de diffusion, Marseille ; Festival de Marseille ; Le Palc – Pôle National Cirque Grand Est – Ville de Châlons-en Champagne
+ Avec le soutien du mécénat de la Caisse des Dépôts
+ Avec l’aide à la création de la Région Île-de-France et de la SPEDIDAM
+ Avec le soutien en résidence du CN D – Centre National de la Danse
04 au 06 juin 2026
Ce que le ciel ne sait pas aux SUBS (Lyon) dans le cadre des Nuits de Fourvière – Festival international de la Métropole de Lyon et en coréalisation avec les Ateliers Frappaz – CNAREP
16 au 18 juin 2026
Ce que le ciel ne sait pas à la Vieille Charité (Marseille) dans le cadre du Festival de Marseille et en coréalisation avec Lieux Publics – CNAREP
17 au 19 décembre 2026
Ce que le ciel ne sait pas à la Grande Halle de la Villette (Paris) dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et en coréalisation avec le Centre Pompidou
+ Dossier/intention de Ce que le ciel ne sait pas : ICI
+ Interviews/visuels presse : ICI
22 octobre 2026 au 28 février 2027
Trois œuvres inédites de Feda Wardak présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, dans le cadre de l’exposition Le temps des récoltes d’Ibrahim Mahama :
– De terre nous sommes, à la terre nous retournons, et de la terre nous reviendrons (titre provisoire – installation vidéo)
– Supporter la terre, avant qu’elle ne s’effondre (titre provisoire – installation plastique)
– Le centre d’archives (œuvres et archives)
+ Lieu : Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
et également au festival Public Art Munich et à l’Académie des Arts de Berlin