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#77 : la culture de l’image
Fisheye est le magazine qui décrypte le monde à travers la photographie contemporaine. Actuellement, au coeur de la semaine de lancement de la 57ème édition des Rencontres d’Arles et en kiosque, le numéro 77 décrypte la culture de l’image.
À l’heure où la photographie se dilue dans un flux continu, Fisheye réaffirme son engagement envers le processus créatif et le regard des auteurs. Repensé depuis le numéro #75 pour être au plus près du travail des artistes — avec une maquette épurée qui s’accorde avec la volonté de sublimer les œuvres et faire place à l’essentiel — Fisheye Magazine s’organise en cinq séquences traversées, pour ce numéro 77 par la question : Que valent nos images ?

L’étincelle et le rempart
« Nous traversons une époque de doutes où la liberté de création se heurte à des vents contraires. Alors que l’horizon politique de 2027 projette déjà des ombres sur la culture, la résistance se construit dès aujourd’hui dans l’éclat des festivals face aux censures. Comme le rappelait si justement Gilles Deleuze, « l’œuvre d’art n’est pas un instrument de communication », mais elle entretient « un rapport fondamental avec la résistance » contre la servitude et la vulgarité. C’est sur ce terrain de liberté brute que se déploie le réseau des festivals de photographie en France.
Au sommet de cette architecture, les Rencontres d’Arles font figure de navire amiral. Son budget cent fois supérieur à la moyenne nationale et son indépendance financière unique, portée par plus de 70 % de recettes propres, en font un phare protecteur indispensable. Sans lui, les autres manifestations seraient encore plus exposées aux tempêtes de l’époque. Car sur le reste du territoire, l’histoire est plus âpre face à l’asphyxie progressive de l’argent public. Pourtant, ces festivals de toutes tailles sont les véritables poumons de la jeune photographie. Préserver ce maillage interconnecté est essentiel pour la scène française, particulièrement à l’aune de son Bicentenaire qui se déploiera de septembre 2026 à septembre 2027. Dans cet écosystème, la solidarité devient une loi organique où les gros protègent les petits, et les petits inspirent les gros.
Au-delà des budgets, le véritable moteur reste l’élan festif, un rempart politique contre l’isolement. Le regretté sociologue Edgar Morin (1921-2026) soulignait que « la fête est une suspension du temps ordinaire, une explosion de vie collective qui défie la rigidité du monde ». Célébrer l’image ensemble au cœur de l’été est un acte d’engagement joyeux qui s’oppose à la morosité ambiante.
Ce goût pour les visions singulières irrigue précisément les pages de ce numéro. Nous vous emmenons d’abord sur les traces d’une luminescence mystérieuse et dangereuse, avant de vous plonger au cœur de la guerre en Ukraine à travers un regard brut et intime. Nous explorons ensuite les angles morts d’une intelligence artificielle myope, pour enfin nous perdre dans une écriture visuelle en noir et blanc, offrant une vision poétique et littéraire de la Méditerranée.
Pour Fisheye aussi, cette saison marque un nouveau chapitre. Après treize années d’aventure collective, nous avons inauguré, le 18 juin dernier, notre nouvelle maison située au 39, rue de la Grange aux Belles, dans le dixième arrondissement parisien, à seulement cent mètres de notre galerie. Passez le pas de la porte pour prolonger le dialogue et faire vivre notre communauté. L’été s’installe, propice aux dérives heureuses. Alors dérivons, nous finirons bien par nous cogner à notre bonheur. »
L’édito #77 de Benoît Baume – Directeur de la publication de Fisheye Magazine
Sommaire
Le flux : qui suit l’actualité de l’image, en présentant les expositions du moment
#77 : Immersion au cœur des festivals d’été
Les portfolios : en complicité avec les photographes, qui donne à voir différentes séries d’auteurs parfois inédites
#77 : Une traversée de la mémoire à l’émergence avec notamment Park Chan-wook, Aline Bovard Rudaz, Anne-Lise Broyer, Thato Toeba, Bertien van Manen, Vic Bakin, Les perspectives, Jordan Beal, Jakob Kudsk Steensen ainsi que Les savoir-faire : rencontre avec Orianne Ciantar Olive
Le dossier : au cœur de chaque numéro, qui pose une question qui, à l’ère de l’intelligence artificielle, taraude un certain nombre d’entre nous
#77 : Les nouvelles règles du marché de l’image avec Les repères, Le Portrait : Aurélie de Lanlay, L’analyse : Festival photo : dans les coulisses de l’économie de la photographie et La transmission : Véronique Souben et Salomé Gaëta
Les écrans : qui s’attache à décrypter la culture visuelle au quotidien
#77 : La liberté de création à l’épreuve du pouvoir
La librairie : dédiée à l’édition photographique, gravite autour des livres photo
#77 : De l’archive au temps présent
Et également, les partenariats et chaque numéro s’achève avec la séquence finale Ce qui nous touche : les équipes de Fisheye partagent un de leurs récents coups de cœur avec les lecteur·trices et la chronique de Benoît Baume.
Fisheye Magazine #77 — à retrouver en kiosque et sur abonnement, actuellement.


Fisheye Magazine #77
Immersion au cœur des festivals d’été
Le flux
À voir, à faire, à méditer…
Le flux est le pouls du magazine. Cette séquence d’ouverture donne le tempo en regroupant nos agendas et les événements incontournables de la culture de l’image. Entre rétrospectives historiques et découvertes contemporaines, c’est le rendez-vous indispensable pour ne rien manquer.
Sa mise en page flexible s’adapte à l’actualité. Un format court, pensé pour guider le regard vers l’essentiel. Dans ce numéro, nous mettons le cap sur les grands festivals de l’été, avec pour point de mire incontournable les Rencontres d’Arles et sa 57ème édition sous le thème : « Des mondes à relire ». Mais Le Flux, c’est aussi la découverte d’autres escales majeures du territoire : des expositions en plein air du Festival Photo La Gacilly au rendez-vous des Femmes s’exposent à Houlgate, en passant par l’été photographique de Lectoure.




Fisheye Magazine #77
Une traversée de la mémoire à l’émergence
Les portfolios
Véritable cœur visuel du magazine, cette séquence privilégie la proximité avec les photographes. À travers de grandes séries et des travaux souvent inédits, cette rubrique offre un espace où l’œuvre prend le temps d’être regardée, loin du flux d’images quotidien.
Ce numéro s’ouvre en beauté avec un grand nom du cinéma, Park Chan-wook , qui dévoile pour la première fois en Europe sa pratique intime de la photographie. Ses images, aux côtés de celles de Bertien van Manen, Vic Bakin, Anne-Lise Broyer, Aline Bovard Rudaz, Thato Toeba et Jordan Beal, sont toutes à découvrir cet été au fil des festivals. Un voyage visuel intense, ponctué par notre séquence Perspectives où la réalité virtuelle d’Ugo Arsac et de Jakob Kudsk Steensen fait basculer l’archive réelle vers l’image mentale. Conçue comme un avant-goût idéal aux célébrations des 200 ans de la photographie qui débuteront en septembre , cette sélection interroge avec force notre manière de construire nos représentations et de regarder le monde en face.
Les savoir-faire : rencontre avec Oriane Ciantar Olive
Alors qu’elle expose sa série Les Ruines circulaires aux Rencontres d’Arles, la photographe déploie un puissant engagement pédagogique et politique à travers ses ateliers hebdomadaires et gratuits « Réagir au monde ». Pensée pour rompre l’isolement des créateurs et rendre la transmission accessible à tous, cette initiative artisanale se prolonge désormais avec le lancement de MONOLIT, une plateforme collaborative d’accompagnement, d’échange et de formation continue. Un entretien sur la nécessité de l’image fixe, l’art envisagé comme un contre-pouvoir et la méthode pour trouver sa juste place dans le monde.






Fisheye Magazine #77
Les nouvelles règles du marché de l’image
Le dossier
Une plongée dans l’enquête de Jordane de Fay pour décrypter les mutations d’un secteur qui oscille dangereusement entre célébration artistique et précarisation. En guise d’avant-goût chronologique, les repères historiques de Fabrice Laroche retracent cette trajectoire, depuis le premier engagement de l’État-mécène en 1851 jusqu’aux défis contemporains. Si la France concentre la plus forte densité de projets photographiques au kilomètre carré, la réalité matérielle en 2026 reste alarmante. De la Mission héliographique pionnière aux crises budgétaires actuelles – marquées par la baisse des subventions locales, la fermeture foudroyante de festivals historiques à Sète ou Vendôme, et le bras de fer juridique de juin 2026 opposant l’ADAGP au géant Meta –, cet article structurel analyse les règles d’un marché en pleine mutation. Face à ces tempêtes, les festivals font de la résistance et s’imposent comme des instances de premier rang et des lieux-ressources indispensables, investissant en moyenne 50 % de leur budget directement dans la production d’œuvres.
La transmission : rencontre avec Véronique Souben, directrice de l’ENSP, et Salomé Gaëta, ancienne élève
Institution phare associée aux Rencontres d’Arles , l’École nationale supérieure de la photographie forge des profils hybrides et polyvalents. Ce dialogue explore la manière dont la direction et les élèves perçoivent cet établissement qu’ils habitent au quotidien, un lieu d’apprentissage unique caractérisé par la richesse de ses approches artistiques et théoriques. En s’appuyant sur des projets concrets comme l’exposition CTRL–Nouvelles fonctions des images, l’école confronte directement ses étudiants aux réalités logistiques, budgétaires et de production du milieu. Ce parcours pédagogique déconstruit activement le mythe de l’artiste romantique isolé au profit d’une polyvalence économique devenue indispensable pour se projeter sereinement dans l’avenir. Un entretien essentiel sur l’art de transmettre et l’hybridation des regards.


Fisheye Magazine #77
La liberté de création à l’épreuve du pouvoir
Les écrans
À screener, à scroller, à sauvegarder…
Les réseaux sociaux ont transformé notre regard. Cette rubrique analyse comment la photographie résiste à l’uniformisation numérique et aux algorithmes.
L’attention : l’image en résistance
Quelque chose vacille en silence sur nos écrans, une inquiétude diffuse qui pèse désormais sur le monde de l’image. C’est dans ce climat d’incertitude que l’image se dresse, portée par le cinéma insoumis de Ken Loach ou le geste de Jérôme Clément-Wilz.
Le favori
Le favori de Fabrice est dédié à Aleksa Haluszczak (Zooms du Salon de la Photo), qui refuse de lisser le réel et met en scène les identités fortes de sa communauté pour en célébrer l’extravagance et la théâtralité libératrice.
La sélection
Enfin, la sélection invite à poser un autre regard sur ce monde qui vibre juste sous nos yeux. Au fil des QR codes, laissez-vous embarquer par une cavalcade équestre, le mystère des marées ou une résistance face au patriarcat. Explorez l’énergie d’une websérie urbaine, une drôle d’expérience de voisinage, une cabine à portraits cachée dans des toilettes et des archives familiales réinventées.
Le voyage se termine avec une fiction montagnarde, un vol d’oiseaux magique, une cartographie de l’exil et des fleurs piégées dans la glace.

Fisheye Magazine #77
De l’archive au temps présent
La librairie
À lire, à annoter, à feuilleter…
Cet été, l’édition photographique s’impose comme le prolongement physique indispensable des festivals. Pour sa 5e édition, l’Arles Books Fair réunit 83 maisons d’édition internationales à l’ENSP et au collège Saint-Charles, sous la bannière de France PhotoBook. L’ouvrage événement de la saison est la monographie d’Alain Keler (éditions delpire & co), un format à l’italienne magistral qui célèbre six décennies de photojournalisme humaniste en écho à sa rétrospective arlésienne.
Parmi les coups de cœur de la rédaction, à découvrir Remonter la rivière de Sébastien Érôme (Éditions de Juillet), une ode intime aux fragments de bonheur ordinaires, et le zine en risographie 浮雲 Nuages flottants de César Debargue et Luna Duchaufour-Lawrance (Siesta Books), plongée sensorielle dans les bains publics japonais.


Fisheye Magazine #77
Les partenariats
Fisheye cultive des liens étroits avec ceux qui font vivre l’image.
Au musée d’Orsay, l’exposition De rêver encore présente l’œuvre poétique du photographe Youssef Nabil. Le festival Mondes en commun signe sa troisième édition au musée départemental Albert-Kahn. Là-bas, onze artistes proposent des tirages faisant écho aux Archives de la Planète, imaginées par le célèbre banquier philanthrope. En parallèle des Rencontres d’Arles, le festival OFF invite à repenser notre manière d’exister avec Au bord des mondes.

Fisheye Magazine #77 — nouvelle formule
Ce qui nous touche
En clôture du magazine, quatre membres des équipes, qui coordonnent les différents projets de l’agence ou bien ceux de la galerie, nous parlent des photographies qui les ont touchées récemment. L’organisation quotidienne de leur métier laisse ici place à la passion pour l’image qui anime chacune d’elles.
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Fisheye Magazine #77 — nouvelle formule
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